Article écrit en collaboration avec Ekodev

Les consommations d’énergie constituent souvent l’un des postes les plus émetteurs de gaz à effet de serre dans un bâtiment. Éclairage, chauffage, climatisation ou encore matériel informatique sont autant de sources de consommations énergétiques sur lesquelles on peut agir.

Pour améliorer l’efficacité énergétique d’un bâtiment, la réalisation de travaux ou la mise en place de systèmes de pilotage sont importants mais ne font pas tout. Les usagers ont leur rôle à jouer. Ce sont eux qui font vivre le bâtiment. Ainsi, comment sensibiliser ses collaborateurs à la réduction des consommations pour plus de sobriété ?

Les usages qui sont à l’origine de la majorité des gaspillages énergétiques

Le chauffage, comptant à lui seul pour 58 % de l’énergie consommée par les bâtiments en France (source : CEREN), est un usage dont le gaspillage énergétique est complexe à démasquer dans la mesure où il n’est pas visuel. Il est parfois difficile de savoir si des radiateurs ou des climatiseurs sont toujours en fonctionnement. Il est pourtant essentiel de maîtriser cet usage qui peut représenter des économies conséquentes aussi bien sur le plan financier qu’énergétique.

À titre d’exemple, un seul radiateur électrique laissé allumé pendant une nuit peut représenter jusqu’à 2,60 € de coût énergétique soit l’équivalent du CO2 stocké par un arbre pendant un mois. Sur une année et à l’échelle d’un plateau ou d’un site entier, cela équivaut à des centaines voire des milliers d’euros perdus ainsi qu’au CO2 stocké par un hectare de forêt pendant plus d’un an.

L’éclairage, qui représente 20 % de la consommation d’électricité en France (source : Agence Française de l’Éclairage), est l’usage dont le gaspillage énergétique est le plus visuel et donc le plus facile à identifier. Dès lors que des parties d’un bâtiment ne sont plus occupées, on peut légitimement se poser la question de la pertinence de les éclairer. Hormis la sécurité dans des cas particuliers, très peu de raisons peuvent justifier d’éclairer ces surfaces vides.

Les prises de courant sont la troisième source de gaspillage énergétique sur lequel les occupants d’un site peuvent avoir une influence importante. En effet, il n’est pas rare d’observer que le matériel branché sur les prises de courant fonctionne en permanence. Les occupants ne sont souvent pas conscients du poids énergétique que représentent des appareils en veille ou laissés allumés après leur départ. C’est en développant cette conscience chez chacun que les gaspillages peuvent être évités, grâce à des habitudes et gestes simples.

En l’absence d’un système de pilotage horaire lié à l’activité des collaborateurs, la sensibilisation des collaborateurs est indispensable pour diffuser les bonnes pratiques au sein d’une entreprise et réduire les consommations inutiles. La quasi-totalité des ordinateurs sont par ailleurs équipés d’un outil pouvant programmer l’extinction et même l’allumage de la machine.

Traquer les consommations inutiles 

Avoir une idée de ce que représentent les gaspillages énergétiques motivera les collaborateurs à s’impliquer dans la réduction des consommations énergétiques. Pour cela, il est nécessaire de définir une démarche d’identification et de suivi des consommations inutiles. 


Le premier outil d’identification réside dans la facture d’électricité. Lorsque le détail y est retranscrit, il est utile de porter une attention particulière à l’énergie consommée en heures creuses, cette plage horaire s’étalant généralement de 23h à 7h ou de 22h à 6h. C’est une période où la grande majorité des entreprises et collectivités sont fermées et où l’on devrait donc observer une diminution de la consommation énergétique.

Cette analyse, relativement simple pour un site, s’avère être une tâche bien plus complexe et chronophage pour un parc immobilier ou une multitude de sites. S’appuyer sur un Système de Management Énergétique (SME) est un moyen très efficace de simplifier ce suivi et l’analyse qui en découle. Il permet de tirer des conclusions bien plus approfondies sur la consommation d’énergie et les éventuelles économies à réaliser.

À ce stade, l’analyse porte sur une vue globale de l’énergie consommée dans le bâtiment. Un audit énergétique instrumenté se révèle être très efficace pour accéder à un détail plus fin de la consommation des différents usages énergétiques du site et cibler exactement les équipements responsables de consommations inutiles.


La mise en application d’une telle démarche permet d’obtenir des données bien plus précises de l’état de consommation d’un site ou d’un parc mais aussi de pouvoir définir un plan de réduction efficace des consommations inutiles.


Sensibiliser les usagers

Lorsque l’on parle de sensibilisation, il ne s’agit pas uniquement d’informer. C’est trouver les moyens et les méthodes pour générer la prise de conscience, puis pour mobiliser autour d’un objectif commun en motivant et en donnant les outils pour devenir acteur du changement.

Dans un premier temps, il s’agit de communiquer toutes les clés de compréhension sur le sujet. Quels sont les enjeux en matière d’énergie ? Pourquoi est-il important d’agir ? Les éléments de réponses sont nombreux :

  • Le secteur tertiaire et résidentiel est le plus consommateur en France avec plus de 40% de la consommation, selon l’ADEME
  • L’usage des énergies fossiles génère des émissions de gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique 
  • Les processus d’extraction pour la production d’énergies fossiles engendrent des pollutions diverses (eaux, sols, etc.) néfastes pour l’environnement ou notre santé.

Il est important de communiquer des éléments de compréhension simples et factuels, en utilisant des termes que tout le monde peut comprendre. Se baser sur des concepts ou des exemples proches du quotidien rendra le sujet énergétique plus accessible aux collaborateurs.

Après la prise de conscience, vient le temps de la mobilisation autour d’un objectif commun, par exemple « Réduisons ensemble les consommations énergétiques ». Cet objectif est le point central, et doit idéalement être chiffré, et motivant pour les usagers : « Réduisons ensemble nos consommations d’énergie de 30% d’ici 2025. Les économies réalisées pourront être réinvesties dans la qualité de vie au travail (ex : panier de fruits, nouveaux aménagements plus économes en énergie, travaux de rénovation qui amélioreront notre confort, espaces détente, etc. »

Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de donner aux usagers toutes les astuces pour y arriver en diffusant les gestes à adopter et leurs bénéfices associés, en communiquant régulièrement sur l’évolution des choses (où en sommes-nous dans l’atteinte de notre objectif), et en félicitant les efforts de chacun. Par ailleurs, l’organisation d’un challenge est un moyen ludique pour mobiliser les collaborateurs. 

Pour aller plus loin, la mise en place de nudge est une initiative intéressante. Le nudge ou « coup de coude » ou plutôt « coup de pouce » est une technique qui influence les comportements de manière prévisible. Peut-être avez-vous déjà entendu parler des mouches dessinées au fond des urinoirs de l’aéroport d’Amsterdam, ou encore des passages piétons dessinés au sol en relief pour inciter les conducteurs à freiner ? Ce sont des exemples de nudges qui permettent de changer efficacement les comportements. A nous d’appliquer ce concept à l’énergie !

Également, afin de rendre encore davantage les usagers acteurs du changement, il peut être intéressant de les responsabiliser en simplifiant le signalement des dysfonctionnements.

Pour mener à bien une campagne de sensibilisation, il est donc nécessaire de suivre les 6 étapes suivantes :

  • Suivre ses consommations énergétiques
  • Identifier les consommations inutiles
  • Informer sur l’origine des gaspillages
  • Mettre en place d’une politique de réduction des gaspillages
  • Communiquer sur la progression du projet
  • Récompenser ses collaborateurs

Article écrit en collaboration avec Ekodev

Enell Dely

Publié le 2 mars 2020

par Enell Dely

INGENIEUR EN EFFICACITE ENERGETIQUE